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Dr. Earle Cleveland Haas (les tampons Tampax)
En 1986, les journalistes d’un magazine de consommateurs américain ont eu l’idée de dresser la liste des 50 produits les plus importants ayant été lancés sur le marché au 20ème siècle. Pour ce faire, les journalistes ont dû se frayer un chemin à travers plus de 100.000 produits. Parmi les 50 ‘petits miracles’ finalement retenus, des produits ayant donc causé une véritable révolution dans la vie des Américains, on retrouve non seulement les chaussures de sport et l’air conditionné, mais aussi, et c’est quand même un peu une surprise, le tampon hygiénique, bien connu sous le nom du tampon Tampax. Son inventeur (eh oui, c’était un homme!) n’a pas vécu ce moment de gloire, puisqu’il était décédé en 1981. Mais lui n’aurait certainement pas été surpris de voir figurer son invention sur la liste. A l’époque, le tampon périodique avait en effet déjà fait couler beaucoup d’encre.
Earle Cleveland Haas, l’inventeur, naquit en 1885 à Kansas City. Il fit des études de médecine et s’établit comme médecin généraliste à Denver, au Colorado. C’est à Denver, dans un petit laboratoire situé dans sa cave, qu’il commença en 1929 à chercher une alternative pour remplacer les serviettes hygiéniques utilisées à l’époque. En ce temps-là, les femmes utilisaient généralement de grandes serviettes qu’elles lavaient ensuite afin de pouvoir les réutiliser. Mais le docteur Haas savait très bien que l’utilisation de ces serviettes entraînait de nombreux problèmes. La femme d’un ami lui dévoila un jour qu’elle utilisait un morceau d’éponge. Il savait aussi que les femmes dans l’ancienne Egypte fabriquaient des tampons à partir de feuilles de papyrus ramollies et qu’en Grèce les femmes utilisaient des compresses enroulées autour d’un morceau de bois. A Rome, on connaissait la laine, au Japon le papier, en Indonésie les fibres végétales et en Afrique centrale les rouleaux d’herbes.
Le docteur Haas était un homme aimable et toujours impeccable qui, selon ses amis, mettait chaque jour une chemise blanche toute propre. Dans les temps de crise qu’étaient les années 30, la période de la Grande dépression aux Etats-Unis, Haas ne cessait d’avoir de nouvelles idées. Il achetait et vendait des biens immobiliers, il inventa un diaphragme contraceptif qu’il réussit à vendre pour 50.000 dollars et il fut président d’une petite entreprise qui fabriquait des produits antiseptiques. Le docteur Haas était donc très actif, et cela dans des domaines bien différents les uns des autres. Il rêvait pourtant surtout de découvrir une solution pour délivrer les femmes autant que possible de leurs problèmes menstruels.
A partir de 1929, il consacra tout son temps libre à la création d’un tampon, un tout petit coussin fait en coton comprimé. Il développa son produit pas à pas. Il prit une bandelette de tissu en fibres de coton, à laquelle il cousut un cordon dans le sens de la longueur, de façon à bien l’attacher, et sans couper le bout du cordon. Celui-ci devait servir à retirer plus facilement le tampon après usage. Ensuite, il développa une petite machine pour comprimer le tissu en coton de façon adéquate. Le docteur Haas était enchanté du fait qu’avec le cordon le tampon pouvait être retiré de manière hygiénique.
Mais comment l’introduire de manière hygiénique? En tant que fabricant de produits antiseptiques, il était bien évidemment conscient du danger d’infection. Pour éviter que les femmes soient obligées de toucher le tampon en l’insérant, Haas développa un système ingénieux. Ce système permettait de faire sortir le tampon hors de l’applicateur et de le positionner correctement. Plus de 70 ans plus tard, cet applicateur fait toujours merveille.
Le 19 novembre 1931, le docteur Haas fit breveter son invention. Comme nom de marque, il ‘bricola’ encore le mot ‘tampax’, composé des mots ‘tampon’ et ‘pack’. ‘Pack’ vient de l’anglais ‘vaginal pack’, qui signifie dans ce cas ‘problèmes vaginaux’. Le ‘tampax’ est donc un tampon qui élimine, ou du moins diminue les problèmes vaginaux.
Le problème, c’était qu’au début, personne ne voulait entendre parler de son invention. Le sujet étant un grand tabou à l’époque, le docteur Haas n’était pas en mesure de promouvoir son invention. Les magazines et les journaux refusaient catégoriquement de publier quelque annonce que ce soit à ce sujet. Et puis, il y avait encore les mamans qui craignaient que leurs filles perdent leur virginité en mettant des tampons. Ne sachant plus à quel saint se vouer, Haas vendit son brevet, y compris le nom de marque, à une femme d’affaires d’origine allemande. Cela lui rapporta 32.000 dollars. Après un certain temps, Gertrude Tenderich, la dame en question, dut elle aussi trouver de l’argent frais et se montrer extrêmement ingénieuse pour faire connaître le produit. C’est ainsi que les ‘Tampax ladies’ firent leur apparition, de jeunes femmes habillées en infirmières qui avaient pour mission de propager la ‘bonne nouvelle’ non seulement à l’occasion de congrès médicaux et de foires médicales, mais aussi dans les écoles de filles.
Pendant la Seconde guerre mondiale, des millions de femmes américaines furent employées dans l’industrie de guerre. A ce moment-là, le tampon était déjà devenu un énorme succès.
Mais qu’est-il devenu du docteur Earle Cleveland Haas? Il continua à travailler à Denver comme médecin généraliste. Plus tard, il déclara regretter d’avoir cédé son invention si rapidement et à un prix si peu élevé. En 1969, le quotidien londonien Sunday Times le proclama parmi les ‘1.000 inventeurs’ du 20ème siècle. On raconte que le docteur Haas continua encore longtemps à travailler dans son petit laboratoire afin d’améliorer son invention. Il décéda en 1981 à l’âge de 96 ans.