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Daniel Gabriel Fahrenheit (graduation thermométrique)
De nombreux scientifiques ont collaboré au développement du thermomètre, mais celui qui réussit en premier à faire indiquer une température identique par deux thermomètres différents, ce qui plus tard rendit possible la production en série du thermomètre, fut incontestablement Daniel Gabriel Fahrenheit. Il est remarquable de constater que très peu d’ouvrages ont été publiés à son sujet. C’est peut-être parce que les Hollandais croyaient qu’il était Allemand et que les Allemands pensaient qu’il était Hollandais. Fahrenheit était pourtant un personnage passionnant.
Daniel Gabriel naquit à Dantzig (aujourd’hui Gdansk en Pologne) en 1686. Il était l’aîné de cinq enfants et faisait partie d’une famille très simple. A l’âge de 15 ans, il perdit inopinément ses parents après que ceux-ci aient mangé des champignons vénéneux. La municipalité plaça les quatre plus jeunes enfants dans des familles. En tant qu’aîné, Daniel fut envoyé chez un commerçant comme apprenti. Ce commerçant lui apprit les bases de la comptabilité et l’envoya à Amsterdam pour y apprendre le métier dans des maisons de commerce renommées. C’est là aussi que Daniel Gabriel découvrit la physique et fut fasciné par ses instruments et surtout par les thermomètres florentins. Ceux-ci étaient tous différents les uns des autres. Pour fixer la température minimale, certains fabricants se basaient sur la journée la plus froide à Florence, pour la température maximale, sur la journée la plus chaude de l’année.
Le jeune Fahrenheit était tellement passionné par le sujet et la fabrication de ses propres instruments (il apprit même à souffler le verre) qu’il négligea son apprentissage. Son tuteur à Dantzig apprit la nouvelle et la municipalité lança contre lui un mandat d’arrêt. Elle demanda par ailleurs aux autorités hollandaises de le punir en l’envoyant travailler sur un navire de la Compagnie des Indes Orientales. Fahrenheit prit la fuite et voyagea pendant plusieurs années à travers l’Europe. Il dut attendre son 24ème anniversaire pour pouvoir retourner en Hollande et y être inscrit comme adulte.
Ce qui était une fuite à l’origine, devint peu à peu un voyage d’études qui l’emmena en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, au Danemark et en Suède. Partout, Fahrenheit était à la recherche de scientifiques qui s’occupaient de thermomètres et de baromètres. Il améliora sa technique de soufflage du verre et rassembla toutes les connaissances disponibles en matière de thermomètres et autres instruments. Sans s’en rendre compte lui-même, il était devenu en Europe le spécialiste le plus brillant dans son domaine.
Selon lui, un thermomètre n’avait aucun sens s’il était impossible de comparer les températures, ce qui était difficile à l’époque puisqu’il fallait à cette fin disposer d’instruments identiques et de matières pures identiques. C’est de 1709, il y a donc près de 300 ans, que date son premier thermomètre à alcool de vin. En 1714, il invente le premier thermomètre moderne à mercure. Quelques années plus tard, en 1717, il s’installa définitivement à Amsterdam, la ville où il se plaisait le plus. Il y possédait un magasin où il vendait des instruments en verre de sa propre fabrication. Il donnait également des cours d’optique et de statique.
Fahrenheit fixa le zéro de son échelle à la température la plus basse que l’on réussissait à atteindre à l’époque, c’est-à-dire à l’aide d’un mélange d’eau, de glace et de sel. De cette façon, il voulut éviter des températures inférieures à zéro. Il opta curieusement pour une échelle thermométrique de 12 divisions, qu’il divisa ensuite chacune en huit degrés égaux. Le point de fusion de la glace était de 32 degrés, la température normale du corps humain de 96 degrés et le point d’ébullition de l’eau pure de 212 degrés.
Entretemps, l’autodidacte originaire de Dantzig entretenait une correspondance soutenue avec les plus grands scientifiques de l’époque. En 1724, il fut admis à la Royal Society de Londres. De cette façon, les résultats de son travail firent très rapidement le tour de l’Europe. Il fut le premier à développer un aréomètre pour mesurer le poids de matières liquides. Il essaya également de développer des machines capables d’assécher les terres de culture inondées. Des moulins de drainage avant la lettre… Malheureusement, après sa mort, personne ne semblait comprendre comment ces machines fonctionnaient. Daniel Gabriel Fahrenheit décéda le 16 septembre 1736 à La Haye en Hollande. Il avait à peine 50 ans. Il fut inhumé sous le chœur de l’église du Couvent de La Haye. Dans les registres de l’église, on ne retrouve que les noms des propriétaires des tombes. On peut supposer qu’après un certain temps, plus aucune somme n’ayant été payée au couvent, ses restes ont été enlevés. Les habitants de La Haye n’ont toutefois pas oublié Fahrenheit: une rue, une pharmacie et un magazine portent en effet son nom.
Six ans après la mort de Daniel Gabriel Fahrenheit, l’astronome et physicien suédois Celsius proposa l’échelle centigrade qui, après la Révolution française, convenait parfaitement au système décimal. Mais aujourd’hui encore, les Américains utilisent l’échelle de Fahrenheit, le jeune homme avide d’apprendre qui trouva dans la République des Provinces-Unies sa seconde patrie.